2 - La rencontre

Publié le par Luigi MANATA

 
Je ne sais pas pourquoi les sites de rencontre s'obstinent à faire remplir à leurs utilisateurs des listes innombrables de critères de sélection ; comme si le déclic amoureux pouvait se déclencher en fonction des quelques options que l’autre posséderait ou pas. A leur décharge, la majorité des sites ont quand même l'honnêteté de proposer des rencontres et en aucune manière l'amour.
 
A l'exception de ceux (hommes et femmes : fort nombreux même s'ils se présentent le plus souvent à visage masqué) qui ne sont là que pour des rencontres passagères, il est assez rare, après quelques mois d'une recherche effrénée, que la lassitude ne finisse pas par envahir tous ceux qui avaient mis quelques espoirs dans cet outil.
 
Naviguer et échanger sur ce type de site a actualisé de manière aiguë des interrogations que j’avais espérées anachroniques. Je me demande même au final, si l'évolution et l'émancipation des femmes n'a pas été une vaste fumisterie ou pire une supercherie. J'ai le sentiment de perdre mon temps avec des femmes pressées, qui ne souhaitent que rencontrer leurs fantasmes d'idole : beau, grand, séduisant, drôle et plein d’humour mais pas à leurs dépends, sportif, riche, aimant voyager, intelligent mais pas trop pour ne pas passer pour des cruches, au petit soin pour elle, mais quand même sachant en imposer et même si possible macho, de bonne éducation, gentil mais pas trop sinon t'es con, respectant leur désir mais les dirigeant quand même, honnête et franc mais pas trop sinon elles se vexent ; et je suis bien obligé de dire et cetera. Des femmes qui aiment se sentir valorisées par le statut social de leur conjoint et par l'argent qu'il gagne, mais qui ne voudront jamais subir les frustrations et les contraintes inhérentes à ce type de fonction, ni admettre que ces fonctions puissent fatiguer leur homme. Des femmes qui ne se sentent vivre que quand elles sont collées à l'autre, qui n'ont pas besoin de savoir quelle âme et quel être réel, elles ont en face d'elles, pourvu qu'il corresponde à leurs critères, qu'il ne se montre jamais faible et qu’il ne fasse jamais d’erreur ; des femmes qui ne feront jamais aucun effort pour s'adapter à l'autre, qui boudent ou se sauvent dès que le moindre conflit ou la plus petite contrariété surgit, qui du haut de leur tour d'ivoire, sont incapables du moindre geste de tendresse… Des femmes qui voudraient nous faire croire combien elles sont parfaites et qui revendiquent de n'être pas trahies, surtout parce qu'elles savent bien au fond de quoi elles sont capables elles-mêmes et qui elles sont en vérité. Des femmes n'avouant jamais les détresses qui les constituent et qui refusent d'entendre celles de l'autre, alors que bien souvent la pluie me procure plus de joie qu'elles. Sans compter que la population des "séductrices" est en forte augmentation, ces femmes prêtes à vous larguer dès qu'elles auront entendu que vous les aimez. Des femmes qui au final n'ont elles-mêmes pas grand-chose à offrir à part leur besoin (légitime) de mélanger leur corps… si possible, bien sûr, dans un hôtel 4 étoiles dans un pays exotique. Des femmes qui ne veulent pas être traitées comme des objets, mais qui croient également que quand elles ont donné leur corps, elles ont tout donné…
En fait, je me demande si la plupart des femmes, tout en se défendant de rêver du Prince Charmant, ne passent pas leur temps à y penser quand même très sérieusement. Et face au sentiment qu'elles veulent tout ou rien, mais qu'en même temps tout c'est trop et rien ce n'est pas assez, ils sont nombreux les hommes comme moi, empêtrés dans leur souffrance d'échec, dans leur sentiment récurrent d'être toujours à côté de la plaque, à avoir perdu tout espoir d'arriver un jour à comprendre quoi que ce soit aux femmes.
 
Si j’étais une femme, il est également probable que je me demanderais au final si les hommes ont bien compris qu'il est devenu hors de question de servir de portemanteau aux fantasmes masculins, et non accessoirement d'infirmière, de femme de ménage, de cuisinière, de blanchisseuse, de pâtissière, de squaw qui accueillerait tous les désirs de mon homme comme la parole divine, bref de maman et bien évidemment de réservoir à foutre. J’aurais le sentiment de ne rencontrer que des hommes traumatisés par leur précédente relation, dépressifs, sur la défensive, pas sûrs d'eux, castrés, impuissants, mais bandants quand même pour la moindre bimbo siliconée, casaniers, télévores, pour lesquels le superficiel fait office d'intelligence et qui érigent les comportements de beauf au nec plus ultra de la nouvelle philosophie. Des hommes qui n’ont comme projet de vie à deux que de reproduire à court, moyen et très long terme le repos du guerrier, version pantoufles. Des hommes toujours en retard, qui peuvent rester 2 jours sans donner de nouvelle et qui sont capable de dire "ben quoi, qu’est-ce qui y a ?", devant les reproches ou la tronche qu'ils auront mérité. Des hommes brutaux qui ne savent pas respecter leur territoire, qui ne seront jamais à la hauteur de leur père ou de leur ancien mec, qui sont toujours trop ou pas assez. Des hommes qui s'autorisent à donner leur avis et même à les juger. Des hommes paumés, handicapés du bonheur qui tombent malades dès qu'il s'agit de se laisser vivre plus de deux jours sans penser à rien. Des hommes qui promettent toujours plus qu'ils ne tiennent, qui sont incapables de s'engager réellement, mais qui paradoxalement sont prêts à déclarer leur flamme après 3 échanges téléphoniques et vous investissent alors comme on rentre en religion, … du moins tant qu'ils ne vous ont pas encore baisés... Des hommes qui n’arrivent pas à s’engager, à dire je t'aime et tu me manques, des hommes qui auront toujours de bonnes excuses pour ne pas vous avoir téléphoné 4 fois, envoyé 6 SMS et 2 mails dans la journée ; bref des hommes qui ne font, par leur attitude, que démontrer à quel point ils sont faibles.
En fait comme un sinistre parallèle, si j’étais une femme j’éprouverais le sentiment que les hommes ne m’aiment pas pour ce que je suis, mais plutôt pour les fantasmes qu'ils ne cessent de me projeter dessus, sans oublier le sexe qui semble être leur première préoccupation. Et face au sentiment qu'ils n'ont toujours rien compris à mes besoins et à mes désirs, comme de nombreuses femmes empêtrées dans mes paradoxes pour rester moi-même et mon perpétuel sentiment d'être une incomprise, je considérerais que les hommes sont définitivement des êtres imparfaits, incompréhensibles, immatures et barbares.
 
Ces propositions parcellaires et partiales de sentiments masculins ou féminins sur leurs complémentaires n'ont évidemment rien d’exclusif. En fait en remplaçant homme par femme dans la première proposition et vice versa dans la deuxième, en mélangeant les sentiments, chacun peut trouver quelque chose qui corresponde à sa propre vision de l'autre sexe. L'important ne semble pas être comment aimer l'autre, mais bien plutôt comment se donner des bonnes raisons de rester seul, de faire échouer les relations ou d'étiqueter, de réduire l'autre, pour fuir sa propre responsabilité et non accessoirement ses propres souffrances ; oui, toutes ces blessures que les précédentes relations ont laissées comme des rappels indélébiles que le feu ça brûle. Il semble bien que le nouveau jeu relationnel entre les sexes, à l'instar des célèbres "je te tiens tu me tiens par la barbichette" et "si je te suis tu me fuis…", pourrait se résumer à : "le premier qui aime l’autre a perdu ou/et est perdu"…
 
Combien de fois j'ai su à l'instant même où je débutais une relation que ce serait une nouvelle déception. Si j'avais parié avec moi-même j'aurais gagné à chaque fois. Et pourtant, j'y ai été quand même, je pense toujours que mes expériences m'ont servi, que je ne referai pas les mêmes erreurs, que je saurai être plus fort que les obstacles ; que l'amour arrangera tout, … Mais c'est une vision romantique, presque de toute puissance ; l'autre n'est jamais à l'endroit où j'imagine qu'il est ou qu'il dit qu'il est. Il est juste à côté et parfois même exactement à l'endroit où il dit qu'il n'est pas. Je le sais à travers les malaises que je ressens dans les silences qu'il laisse entre nous par l'écriture et plus tard, quand son regard ne reflète pas ce que ses mots voudraient me faire croire.
 
Mais est-ce que tout ça a vraiment une importance ? Au final, si je comparais objectivement les femmes que j'ai vraiment aimées à mes critères parfaits, je serais bien obligé d'admettre que, soit j'ai été complètement aveugle, soit que ce ne sont pas les concordances à mes idéaux sélectifs qui m'ont fait les aimer. En vérité, même si j'aurais bien voulu maîtriser la genèse de mes sentiments amoureux, je dois avouer que même après de longues et fructueuses années d'introspection tout ça continue à m'échapper pour sa plus grande partie. Bien entendu, j'ai compris que seule mon histoire me déterminait à aimer une personne plutôt qu'une autre. Bien sûr, j'ai renoncé aux amours névrotiques qui se terminent dans l’impasse de la souffrance. Très probablement, j'ai "digéré" mes fantasmes en leur donnant le sens qui les cantonne à de simples manifestations psychiques, avec lesquelles il faut composer…
Cependant, parfois je me demande si cela m'a vraiment rendu plus libre. Quand l'appel du grand large se présente, je me demande bien où j'ai pu ranger ce foutu discernement, celui qui empêcherait qu'une fois de plus je m'abandonne à la belle histoire, alors que je sais déjà qu'il y a quelque chose qui cloche. Comme si toute résistance était vaine, comme si, seul le vécu des amours qui se révèlent impossibles, donnait un sens à ma vie...
Il reste toujours la possibilité que j’ai été drogué ; et c'est vrai quelques fois mes hormones sexuelles me jouent des mauvais tours… aussi à défaut de bromure en vente libre, je continue à me torturer pour me faire avouer ces mots qui m'apporteraient une hypothétique ultime explication en forme d’improbable délivrance.
 
Pour autant, j'ai toujours eu l'impression qu'il n'y a pas de hasard ; comme beaucoup de personnes j’ai la certitude que nous rencontrons toujours les personnes que nous devons rencontrer. Elles ont une mission précise dans nos vies, aussi sûrement que nous allons tous mourir un jour.
La rencontre avec Mélusine a donc débuté de manière tout à fait banale. J'étais en manque d'une parole et d'une écoute de femme, elle semblait vouloir connaître "les hommes".
 

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chouette-chouette 09/08/2011 20:04



Ça ne me passionne pas le bla-bla.


Mais chacun ses goûts.



Luigi Manata 09/08/2011 20:08



Ha bon... Damned, je me suis encore trompé...



chouette-chouette 06/08/2011 20:40



???



Luigi Manata 07/08/2011 14:45



Objectif atteint... Un indice pour toi, la chanson s'appelle "bla bla"...



chouette-chouette 06/08/2011 11:39



Tu t'égares Luigi à jouer les devins avec ma psychée.


Tu ne me connais pas suffisemment pour cela.


On échange des commentaires depuis qq années mais c'est insuffisant pour me connaître.


Cela me fait plutôt sourrire, ne me met pas en rage. Ton obstination à avoir raison en pensant m'avoir décortiquée comme une crevette est légèrement puérile.


Tu devrais pourtant le savoir toi qui cherches le pourquoi du comment de ce qui te concerne, avec l'aide d'un tiers.


Quel enjeu mets-tu à vouloir comme ça être un mentor, je ne sais pas, c'est toi que cela concerne.


Bises affectueuses.



Luigi Manata 06/08/2011 12:42













 


Bonne journée.



chouette-chouette 05/08/2011 20:23



Merci Docteur, je suis enfin soulagée de savoir ce que j'ai depuis 62 ans.


T'as râté ton choix professionnel Luigi, vraiment c'est dommage. Mais ce qui me fait plaisir c'est de penser que tu vas très bien.


Bises.



Luigi Manata 05/08/2011 21:34



Bé oui, je vais très bien, mieux ça serait trop... par égard pour ceux qui n'y arrivent pas.

C'est dingue comme ça te met en rogne dès qu'on aborde certains sujets...

Des bises.



chouette-chouette 05/08/2011 10:33



T'as perdu ton humour Luigi ! Bien sûr que je me rends compte de tout ça.


Mais pour faire ce que tu dis il faut être plus qu'une ! Et ça, pas facile, crois moi ou pas !


Je dois dire que ce n'est pas une obssession quand même, heureusement d'ailleurs.


Bisous grand donneur de leçons que j'aime bien quand même.



Luigi Manata 05/08/2011 20:03



Non, je te "crois" pas... Tu as dû prendre bien des décisions dans ta vie, il n'y en a qu'une qui reste compliquée pour toi : celle de te faire plaisir... et là bizarrement, tu es très capable de
trouver toutes les justifications du monde à tes "impossibilités"...

Des bises rigolotes.