3 - Le temps de la séduction

Publié le par Luigi MANATA

 

Il y a toujours un état de grâce dans toute rencontre amoureuse. C'est cet instant ou tout l'être est tendu dans la conquête de l'autre.

A cet instant, je me crois capable de me transcender, de me dépasser et même de changer. D'ailleurs nous sommes tous pareils, c'est avec notre meilleur visage qu'on se présente à l'autre. N'avez-vous jamais remarqué à quel point les yeux irradient lors des premières rencontres ? Comme nous sommes beaux. Et c'est vrai à cet instant, nous sommes bien les meilleurs hommes et femmes du monde. Nous n'en doutons pas et nous ne voulons pas que l'autre en doute. Et ça marche…, je n'ai jamais autant évolué que mû par mon désir de plaire à l'autre ; "pour qu'elle m'aime autant que je l'aime". Je ne sais pas combien d'années d'analyse cela m'a fait économiser (du moins dans un premier temps…), mais ce qui est sûr c'est que l'urgence du désir de plaire, le choc de la réalité, valent bien certaines révélations arrachées péniblement après des mois et des mois de suées sur le divan. Si très cyniquement, je devais quantifier cela, je crois que ça valait bien plus que tout l'argent que certaines femmes m'ont fait dépenser pour leurs beaux yeux ; ou encore que certaines phases du processus dit "thérapeutique" où j'avais l'impression d'être un disque rayé en boucle, sans que je n'arrive à me donner ou qu'un autre me donne la baffe salutaire qui m'aurait fait enchaîner sur la mélodie suivante.

 

Qu'est-ce qui m’anime ? Qu'est-ce qui me motive, au point d'avoir la certitude que je peux être autre chose que ce que je suis ? Au fond, peut-être que je suis comme ces petits garçons ou filles qui gonflent le torse en tenant la main de leur parent (en général du sexe opposé) et qui dans leur imaginaire se sentent investis d'une espèce de toute puissance qui leur permettrait d'être l'égal de leur parent (en général du même sexe) et même plus. Le problème c'est qu'être quelqu'un d'autre par "amour" ça ne dure pas ; pas plus pour moi que pour d'autres d'ailleurs. Je crois même savoir que c'est une des "plainte" principale des femmes ; qu'elle arrive après 2 jours ou 7 ans, toutes évoquent la perte d'identité que constitue pour elles le fait d'aimer. Comme si aimer impliquait pour elles, d'abandonner toute revendication à l'individualité et, plus grave, à savoir qui elles sont.

 

Comme je les comprends ces femmes, moi qui ai trop souvent eu le sentiment qu'aimer me perdait ; avant de ressentir à quel point, je me faisais finalement totalement chier… C'est à cause de signes comme ceux-là, que je n'ai jamais réussi à m'assimiler à la grande majorité des stéréotypes véhiculés sur les hommes ; ceux qui continuent à vivre comme s'ils étaient seuls et pour lesquels c'est une évidence que leur femme doit s'adapter à ce qu'ils sont… et même que c'est ça qui constitue leur charme à ces hommes avec leur certitude qu'ils ne peuvent qu’être aimés… enfin, jusqu'à ce que leur femme les quitte. Mais aujourd'hui les femmes quittent tout le monde, moi "si différent" inclus, alors ce n'est même plus une explication à leur rupture.

Cela me rappelle cette énième blague sexiste : "Une femme épouse un homme en espérant qu'il changera, mais il ne change pas. Un homme épouse une femme en espérant qu'elle ne changera pas, mais elle change. "… Merde de merde, et si on s'autorisait tous à vivre ce qu'on est et même à changer, ça serait pas mieux que bien ?

Pourquoi suis-je toujours en attente de celle qui n’est pas à côté de moi ? Pourquoi dois-je être quelqu’un d’autre pour que celle que je désire puisse m’aimer ? Quelle misère, … après tant d’années d’introspection, je me demande si je ne devrais pas assigner mes psys en justice pour m’avoir vendu les questions sans les réponses….

 

A une époque j'ai même pu croire que l'amour que j'avais pour Hestia m'avait sorti d'affaire. Il me semblait qu'après l'avoir rencontrée, je ne confondrais plus jamais séduction et emprise, besoin et amour, mais à ma grande honte, j'ai oublié qu'il ne suffit pas de dire les mots et d'être attentif à l'absence d'ambiguïté ; l'autre vit sa vie intérieure et peut s'égarer dans les méandres de sa psyché et de ses sentiments, au moins autant que moi.

 

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