8 - La résurrection - Epilogue

Publié le par Luigi MANATA

 

Désolé pas de résurrection, je ne suis pas le Christ, juste un type qui fait ce qu'il peut avec ce qu'il est… Pour pouvoir renaître il faut mourir et les deuils ne tuent pas réellement, enfin pas vraiment. Ils massacrent juste quelques illusions de plus et après tout ce n'est pas forcément si mal, … juste douloureux. Entre la brûlure de la perte et la conscience qui s'impose de l'imbécillité profonde dans laquelle je vivais, je n'ai jamais su déterminer ce qui me retourne le plus les tripes et le cœur.

A chaque épreuve, invariablement je prends un peu plus conscience que le monde n'est pas ce que je croyais, que je ne suis pas à la hauteur de mes rêves d'amour et je me remets à vivre comme un zombie les jours qui me conduiront au dénouement final ; parfois en souhaitant secrètement qu'il arrive par accident.

Après, bien après, quand la punition que je m'inflige ne laisse plus que le sentiment d'un effroyable gâchis, quand en passant devant un lieu où nous avions partagé nos vies les pincements au cœur s'estompent, quand les habitudes arrivent à masquer par leur rassurante immobilité mon chaos intérieur, … après, bien après, je recommence à regarder les autres. Pas à avoir besoin d'eux, juste à reprendre conscience qu'ils existent et que notre destin est de vivre ensemble.

 

Bien après que Mélusine m'ait refermé sa porte, j'ai essayé de parler à Hestia, de lui écrire, de lui envoyer des fleurs, mais rien n'y fit… Perdue à jamais…

Aux dernières nouvelles, elle avait rencontré un homme et peut-être même était-elle heureuse, du moins je le suppose… du moins je l'espère…

Je m'imagine que dans dix ans, j'apprendrai par hasard qu'elle est devenue une femme bien avec elle-même, qui sera sortie du destin étriqué auquel elle se destinait. Pour me consoler, je penserai même que c'est un peu à cause de mon sacrifice qu'elle aura réussi son épanouissement. Enfin, … quand les regrets me tenaillent, il faut bien que j'essaye de donner un sens à mon impuissance à changer mon destin et celui de ceux que j'aime.

 

Avec Mélusine, après sa rupture, après qu'elle ait digéré un peu sa déception, nous avons tenté de vivre une relation amicale et plus si affinité… Mais ça n'a fait qu'exacerber sa colère et ça n'a fait qu'amplifier mon mal-être. Comme c'est une femme profondément intelligente et sensible, nous avons réussi à préserver une amitié… à une distance suffisante pour qu'elle n'ait pas à vivre d'émotions trop violentes. Nous continuons à communiquer par mail. Nous nous faisons des confidences sur nos différents états et nos rencontres. Après avoir cru qu'elle n'aimerait plus jamais, elle a aimé à nouveau, deux fois déjà… des hommes qui lui ont mal rendu… Elle ne nie plus que la haine fait partie de ses sentiments…

 

Après notre histoire, j’ai continué à naviguer sur les sites de rencontre. En 2 ans, quelques 10 000 femmes auront vu et peut-être lu ma fiche. J’ai abordé ou j’ai été contacté, par environ 300 femmes. J’ai eu à peu près 80 débuts de correspondance, sur lesquels une trentaine seulement a été un peu plus développée. J’ai rencontré amicalement sept de ces femmes. A ma grande honte pour ma cohérence personnelle, j’ai eu 3 aventures plus ou moins suivies. Entre deux périodes de vacuité et de découvertes sans lendemain, j’ai rencontré une seule fois une femme que j’ai aimée, avec laquelle j’ai pu croire qu’une belle histoire commençait. Mais sa volonté exprimée de construire n’a pas résisté longtemps à ses fantômes... et j’ai retrouvé les miens dans ma solitude.

Pourtant j'ai continué longtemps avant de retourner dans la vraie vie, comme un pêcheur qui se fout d’attraper du poisson, dans la position méditative que provoque la surveillance du bouchon en l’attente d’une révélation mystique. Et parfois, j’ai eu de belles surprises humaines et amicales ; loin, très loin, à l’opposé même, de l’excitation du chasseur prédateur qui jouirait d’avoir une proie dans son viseur.

J'ai beaucoup de tendresse pour toutes ces femmes qui m'en ont appris toujours un peu plus sur moi, comme j'espère que je leur en ai appris un peu sur elle aussi. Mais désolé, nous ne ferons pas nos vies ensemble… Je me sens incapable de serrer les fesses pour le restant de ma vie pour qu'elles puissent continuer à m'aimer.

Cependant, j’ai découvert des êtres si singuliers, si touchants, si vivants, … si paumés aussi parfois, que je ne me console pas du gâchis humain que représentent tous ses potentiels d’humanité, moi y compris, coincés dans les mailles du virtuel. Mais au supermarché du net les alouettes et les girouettes font la fête, et les cœurs ont le tournis… Trop souvent, j'étais penché au-dessus du bastingage en attendant que cela passe, en priant celui auquel je ne crois pas qu’il mette fin à ma nausée, … par tout moyen à sa convenance.

 

Mais la vraie résurrection a été d’avoir renoncé au piège du virtuel, en supprimant ma fiche de tous les sites de rencontre dans lesquels j'étais abonné. Non par décision, mais parce que cela finissait par me donner un écœurement permanent de moi-même…

La résurrection, fut ce douloureux renoncement à trouver celle que je pourrais aimer, celle qui me ferait oublier toutes les autres. Cet amour intemporel, parfait et partagé qui hante mes désirs n'existe pas, du moins pas pour moi…

Le plus difficile, a été de renoncer également à la paternité ; rien ne peut apaiser cette désespérante incomplétude. D'ailleurs, c'est une erreur d'en parler au passé, cette douleur n'est pas soluble dans la réalité.

 

Seulement après j'ai pu recommencer à vivre… ou à survivre, au gré de la variabilité de l'existence.

 

Ma lucidité finira probablement par avoir ma peau… Ce n'est pas grave ; la vie m'a déjà offert tant de miracles, tant de bonheurs indicibles, que je ne lui ferais plus l'injure de lui en demander plus…

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