9 - Fin ?

Publié le par Luigi MANATA

 

Voilà une fin qui n’en est pas une, car depuis les tragédies grecques rien n’a changé dans le cœur des humains. Les êtres revivent génération après génération les mêmes affres amoureuses, les mêmes impossibilités, les mêmes douleurs et heureusement pour nous également parfois les mêmes joies… Il n'y a pas de bien et de mal en matière amoureuse, il y a juste des gens qui ont conscience de ce qu'ils font et d'autres pas ; des gens qui essayent de se libérer de leurs souffrances en se remettant en cause, sans chercher chez l'autre leur justification, et d'autres qui les font subir et en rendent responsable le monde entier… C'est ça la vraie répartition du monde amoureux et peut-être même du monde tout court.

 

Si l'un des deux ou les deux ont besoin de l'autre pour se sentir être, alors leur amour n'a pas d'avenir. Si l'amour se manifeste par le manque maladif où tout autre sentiment désagréable, s'il dépend de l'autre d'être soi-même ou de ne pas pouvoir être soi, alors il y a de fortes chances que l'échec soit au rendez-vous.

A travers toutes les solitudes, volontaires ou subies, qui peuplent le monde, il y a probablement une recherche de libération non dite : celle qui nous permettrait d'aimer et d'être aimés en cessant d'être soumis à tous les sentiments qui nous baladent de l'euphorie à la joie et de la colère au désespoir le plus profond. Quand nous saurons être heureux ou malheureux, sans faire supporter à l'autre cette responsabilité, quand notre regard pour l'autre ne sera plus qu'une incarnation de notre respect et de notre bienveillance, de notre amitié, alors il est probable que nous aurons enfin fait un grand pas dans la réunification des hommes et des femmes.

 

Pour l'instant, tout se passe comme si nous étions en train de vivre une nouvelle forme de prêtrise initiatique. Comme si nous sentions que nous n'avions pas fini de digérer les siècles et les siècles d'obscurantisme infantile qui ont régi les rapports hommes femmes, jusqu'à nos parents. Comme si toutes ces solitudes, aussi difficiles soient-elles, étaient nécessaires au travail de transformation en profondeur que doivent traverser les êtres pour arriver à se trouver eux-mêmes avant de pouvoir vivre une nouvelle forme d'union entre les sexes.

 

Pour autant, je l'avoue, rien ne me désespère plus que de voir et de vivre tous ces rendez-vous manqués, tous ces gâchis humains qui, la lune de miel passée, brisent les cœurs, font croire que nous ne sommes rien et sapent l'espoir d'une vraie rencontre… Il suffirait des fois de tellement peu de chose… Et comme disait Héraclide : "On ne franchit jamais deux fois le même fleuve". Dans le flot du temps qui passe une opportunité perdue l'est à jamais… et cela me désespère plus que tout. Quand arriverons-nous à être bons les uns pour les autres ?

 

Et si nous n'y arrivons pas nous-mêmes, combien de génération faudra-t-il encore pour que la prophétie de Rilke se réalise ? "… L'amour ne sera plus le commerce d'un homme et d'une femme, mais celui d'une humanité avec une autre. Plus près de l'humain, il sera infiniment délicat et plein d'égards, bon et clair dans toutes les choses qu'il noue ou dénoue. Il sera cet amour que nous préparons, en luttant durement : deux solitudes se protégeant, se complétant, se limitant, et s'inclinant l'une devant l'autre…"

 

Nous n'avons pas d'autre choix pour que cela se réalise un jour, d'arriver à être heureux seul "ici et maintenant", en essayant, autant que faire ce peut, d'apaiser la douleur rémanente de tous ces instants magiques à jamais perdus, dont les hommes et les femmes sont parfois capables ensemble.

 

Au terme de cet auto-récit où j'ai essayé tant bien que mal de mettre en perspective une histoire amoureuse si commune et si singulière à la fois, j'ai le sentiment d'avoir posé plus de questions que d'avoir apporté des réponses. Le lecteur me pardonnera sûrement de ne pas être le Dalaï Lama, d'avoir été partial, parcellaire, incohérent, subjectif, puéril, vaniteux, arrogant, suffisant, idiot, affligeant, … et même pire ; mais surtout injuste avec tous ceux qui ont réussi leur vie amoureuse ou qui ne vivent pas les sentiments décrits. Il me pardonnera de ne pas avoir su répondre à tous ceux qui seraient venus chercher des recettes pour sortir de leur propre errance et d'avoir développer un point de vue essentiellement masculin, loin des préoccupations féminines.

 

Désolé, contrairement à ce que voudraient nous faire croire certains bouquins à succès sur l'amour, les couples, ou l'homme et la femme, … et même le Dalaï Lama, il n'y a pas de "il faut que" et de "il n'y qu'à" qui peuvent changer quoi que ce soit en nous. D'ailleurs si le Dalaï Lama et d'autres observent l'abstinence, c'est bien que la supercherie de leur supposée sagesse serait bien vite démasquée, s'ils avaient à démontrer concrètement qu'ils arrivent, comme de simples mortels, juste en appliquant leurs préceptes, à être heureux en couple.

L'harmonie à deux arrive quand nous sommes prêts à la recevoir et là encore ce n'est qu'un constat sans recours. A part peut-être un travail sur soi-même et une volonté indestructible d'évoluer avec un autre qui avance également, rien ne peut vraiment nous y préparer, ni les modèles en forme d'impasse que nous avons eus, ni les amours décevantes que nous multiplions à l'envie pour échapper à nous-mêmes.

 

Je rêve d’une fondation pour la guérison des amours névrotiques, dotée de suffisamment de moyens pour enfin percer ce mystère qui a nourri tant de générations, d'artistes, de créateurs, de psy et de guides spirituels, faut-il le préciser, aussi paumées que nous le sommes tous la plupart du temps.

 

Je nous souhaite à tous d'aimer et d'être aimés. Aussi imparfait qu'il soit, aussi différents en soient les définitions et les vécus, il n'y a que l'amour qui arrive à faire de nos vies des aventures passionnantes ; et le fait d'aimer sans retour un enfer perpétuel qui mérite tout également d'être vécu.

 

La prochaine fois nous aborderons un sujet éminemment plus fondamental : où les chaussettes vont-elles mourir quand on ne retrouve plus la paire ?

 

Publié dans LLV - 9 - Fin

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elsamuz 17/05/2011 07:40



On vit dans un système où tout est devenu consommation et on en crève...  Mais la roue tourne et le monde change, doucement mais sûrement, enfin j'espère ! Bonne journée Luigi



Luigi Manata 17/05/2011 13:53



Moi aussi, j'espère... et je fais même mieux que ça, je vis (très bien) selon mes principes de consommation minimum...

Bonne journée itou Elsaquoidéjà?, bises.