04 / 08 - 04 : 35 - Pour la physique quantique voir le paradoxe de la coccinelle, mais également celui du chat, qui tendraient à prouver qu'on peut pisser contre le vent sans ennui... J'y

Publié le par Luigi MANATA

 
Mélusine,
 

En t'envoyant mon "reportage", j'ai reçu ton dernier mail et je ne résiste pas au plaisir de te répondre, … même avec mes douloureuses blessures.

 

D'abord sache que ce n'est pas une question de chance si je "corresponds" avec toi. Eva m'a dit beaucoup de bien de toi et j'ai confiance en Eva, et surtout contrairement à ce que tu pourrais croire tu m'aides beaucoup. Comment ? C'est assez simple, au fur et à mesure de nos mails (et quelle qu'en soit la teneur) je me rends compte à quel point, je n'ai pas eu une relation "normale" d'échange avec Hestia.

Aussi impossible que cela puisse paraître, j'ai presque l'impression d'en savoir plus sur toi, d'avoir plus échangé avec toi au niveau des "fondamentaux" en 15 jours, que pendant mes 2 ans d'observation désirante et 4 ans de relation "amoureuse" avec Hestia. Ce que je prenais chez elle pour de la profondeur et de la droiture n'est probablement qu'une erreur (de plus) de perception ; au fond je commence à comprendre que c'est aussi beaucoup de mépris et un orgueil démesuré. Comment je comprends ça ? Eh bien tout simplement à travers ta spontanéité et la façon dont tu te lâches, dont tu donnes de toi, dont tu t'intéresses à moi… Et je ne crois pas que le fait que nous soyons planqués derrière nos écrans virtuels, à l'abri de la vraie vie, des vraies difficultés d'un face à face, change quoi que ce soit à la valeur de ce que tu me donnes ; même si cela devait rester un épisode éphémère il est important pour moi ; cela me recadre au niveau de ce qui est possible avec une femme.

J'ai vécu dans un tel désert affectif et intellectuel avec Hestia, que je crois que j'ai un peu trop appliqué à la lettre la vision de Rilke : "deux solitudes, …", oui enfin surtout la mienne ; même s'il est fort probable que de par la situation, elle ait pu ressentir exactement le même vide. Et pourtant (pour des raisons qui m'échappent encore en grande partie) j'y ai vraiment cru, je ne crois pas avoir jamais voulu et aimé une autre femme avec une telle force ; je ne crois pas avoir jamais eu une telle certitude que c'était la femme de ma vie, celle dont je désirais des enfants, celle avec laquelle je me voyais vieillir en restant jeune...

Quelques jours avant mon anniversaire (le 23 mai : super l'anniversaire…), devant son impossibilité à prendre la moindre décision, à exprimer un désir ou un projet, qui m’inclurait dans son avenir, je lui ai fait dire qu'elle me quittait (parce qu'il faut que je te dise qu'une conversation avec elle, c'est surtout : je fais des hypothèses sur ce qu'elle pense ou ressent et elle me dit oui, non ou peut-être, … quand elle veut bien répondre quelque chose). Ça ne m'a pas empêché d'y croire encore, je l'ai abreuvé de lettres d'amour, d'explications, de bouquets de fleurs, de remerciements pour ces 6 années, … peut-être trop. Tu crois qu'elle aurait montré la moindre émotion ? Fait la moindre ouverture ? Au moins s'essayer à me répondre ? J'ai malheureusement eu le tort de vouloir refaire l'amour avec elle… et qu'elle ne dise pas non. Du coup je ne sais plus où j'en suis avec elle, et probablement elle non plus. J'essaye de lui faire formuler si c'est un choix à cause de moi, ou par rapport à ce qu'elle désire ou encore un simple passage régressif ou dépressif, mais elle est incapable de m'apporter la moindre réponse… et je dois faire avec.

 

Alors rassure-toi, je n'ai absolument pas besoin d'une spécialiste de "l'Amour", sans me vanter (NDR : mais quand même un peu) je connais déjà quasiment toutes les théories et les pratiques à ce propos. D'ailleurs, ne crois pas ce qu'il y a d'écrit dans les bouquins, j'ai rencontré pas mal de leurs auteurs (dans tous les lieux de la psychologie humaniste où j'ai travaillé et ailleurs) et je sais que la plupart sont exactement dans la même merde que nous. Sauf qu'ils savent le dire avec des mots (c'est d'ailleurs leur fonds de commerce) en voulant te faire croire que les choses peuvent se changer avec des "y a qu'à", alors que comme tu le sais, les vrais changements ne peuvent venir que de l'intérieur : de soi à soi et parfois par amour pour l'autre.

D'ailleurs, lis bien les annonces qu'il y a sur le net, tu y apprendras plus que dans les bouquins. Tu crois vraiment que tous ces humains "perdus" (7 millions je crois actuellement) sont prêts à avoir une relation amoureuse d'être à être ? Les "exigences" de la grande majorité de ces annonces démontrent, si besoin en était, que la plupart s'apprêtent à reproduire les stéréotypes dont ils se défendent. Une grande majorité de ces personnes sont dans "l'avoir" pas dans "l'être" et à la première occasion, elles reproduiront les scénarios d'échec pour lesquels elles sont programmées. C'est un vrai mystère pour moi tous ces gens qui savent si bien ce qu'ils veulent et ne veulent pas, de et avec l'autre, avant même de le connaître ; que sont-ils vraiment capables de partager avec de tels préalables ? La plupart traverseront toute leur vie sans jamais douter, sans chercher à répondre à quelques questions fondamentales, sans même imaginer qu'ils pourraient devenir responsables de leur destin, plutôt que de le subir… Pour comble, ils auront peur, ne comprendront pas ou même mépriseront des gens, comme toi ou moi, qui ont l'humilité de s'avouer qu'ils ont besoin de se faire aider pour apaiser des souffrances et des questions (je ne dis même pas répondre, ça c'est un autre problème…) qui nous dépassent tous.

Alors, sois toi-même et ça m'ira très bien…

 

A propos d'acte sexuel (à ne pas confondre avec l'amour, même si parfois ça va ensemble), tu ne détiens pas le record de l'abstinence. Je suis resté environ 6 ans (je ne me rappelle plus vraiment) sans aucune relation avant de me déclarer à Hestia. C'était un choix et je ne me sentais absolument pas anormal, d'autant que compte tenu de mes "conquêtes" passées j'avais déjà pu très largement vérifier, qu'à défaut de fonctionner dans ma tête et mon cœur, "ça" marchait très bien au niveau physique.

Tu sais, même si la pression sociale est vraiment très dure, il faut bien te dire que c'est cette société qui ne va pas bien dans sa tête et dans son cœur, pour s'imaginer que quelqu'un qui ne pratique pas le sexe a des problèmes. C'est plutôt tous les gens qui nous entourent qui ont des problèmes, à ne pas savoir qui ils sont autrement qu'à travers des actes de "consommations" et des stéréotypes de vie à deux. La "société du spectacle" a même réussi à faire de l'amour une valeur marchande et c'est pire que tout. On est abreuvé de conneries à longueur de journées dans les médias, et ils voudraient nous faire croire qu'en achetant leur recette de sexe ou de couple, nous serons heureux, … foutaises.

Et puis pour ton choix d'abstinence, ne t'inquiète pas c'est comme le vélo ou la nage, quand on recommence à pratiquer ça revient tout seul, parole d'expérience, et encore mieux et plus fort si le désir est vraiment là. Dis-toi bien que tous ces gens qui ont "pratiqué" sans interruption, qui ne sont que dans le "besoin", ne connaîtront jamais ce que veut vraiment dire le mot "désir".

Tu te définis, encore, par ce que tu ne veux plus, j'ai connu ça aussi, c'est bon et il faut tenir. Tu verras également qu'à un moment ou un autre tu auras le déclic non pas pour ce que tu veux vraiment (c'est un réel à mon avis impossible à réaliser, mais peut-être que je me trompe encore), mais par une espèce d'ouverture du cœur qui te fera sentir que tu peux aimer l'autre même pour ce qu'il n'est pas, une espèce de force intérieure qui te permettra de te dépasser toi-même, pour l'autre, sans attendre rien en retour, sans te perdre toi-même. J'en parle évidemment certainement plus facilement que je ne le pratique moi-même, mais quand même ça s'est passé comme ça pour moi avec Hestia. Malheureusement, malgré ses élans initiaux où si je l'avais écouté nous aurions fait un enfant tout de suite, je ne crois pas que c'était réciproque… quand sous l'idole que j'ai probablement été à ses yeux, elle a rencontré également l'homme avec ses faiblesses, elle a sûrement dû croire qu'elle s'était trompée de personne… à défaut d'arriver à sentir qu'elle s'était trompée de nature d'amour…

A propos as-tu encore un désir d'enfant ?

 

De toutes mes expériences "amoureuses" au fond celle qui m'a le plus marqué, qui a été la plus douloureuse, c'est la perte de mon frère Argante qui est mort du SIDA en 92 le jour anniversaire de ces 36 ans, le 18 juillet. C'était mon frère et un ami qui savait tout de moi, comme je savais tout de lui. Je te parlerai de lui un jour, un être exceptionnel… que j'ai accompagné jusqu'au bout comme j'ai pu, avec ma propre douleur de le voir partir jour après jour, sans pouvoir faire autre chose que d'être avec lui. Il m'a sauvé la vie quand j'avais 17 ans ; par la suite, il m’a accueilli tant de fois quand bêtement, après une nouvelle déception amoureuse, je croyais que je vivais mes derniers instants ; nous avons vécu tant de voyages et de batailles ensemble, échangé tant de complicité, de rires, de pensées, de sentiments, d'émotions, de vie, …

J'aurais tellement aimé pouvoir faire encore plus pour lui ; vraiment, si ça avait été possible, j'aurais donné ma vie pour que lui puisse vivre. C'était tellement injuste qu'il parte ainsi, lui qui aimait tant la vie, les gens, l'amour, … bien plus que moi. Je me console parfois en ayant la certitude qu'il avait atteint la sainteté peu avant de partir ; du moins c'est ce que je percevais dans ses mots et son regard, … piètre consolation pour ceux qui restent. Les dernières fois où je l'ai écouté pleurer, ce n'était pas sur le sort qui l'attendait, qui se rapprochait comme une certitude inéluctable, non, c'était toujours en évoquant tous les êtres qui comptaient pour lui, sur les blessures qu'il allait laisser par sa disparition et sur celles qu'il n'aurait définitivement pas eu le temps d'apaiser… Il m'a confié le soin de prendre le relais, notamment auprès de notre petite sœur, mais je crois que je m'acquitte bien mal de cette tâche… Quand n’en pouvant plus de tant d’impuissance et de douleur, moi-même je n'arrivais plus à faire semblant d'être fort, quand mes larmes s'échappaient malgré moi devant lui, il me répétait : "ce n’est pas grave, ce n’est pas grave…" ; c'était ses mots... Si, c'était grave, j'allais perdre le seul être qui n'a jamais déçu mon amour, ma confiance, et je ne pouvais rien empêcher… Bien sûr tout est relatif, mais quand même perdre ceux qu'on aime c'est grave.

Ça aurait pu être pire, il aurait pu mourir oublié, comme des millions d'êtres humains, mais il ne nous a pas privé d'un dernier cadeau, son ultime geste de confiance et d'amour : il est mort chez lui, tel qu'il le souhaitait, entouré par ceux qui l'aiment et contre l'avis des soignants ; avec lesquels il a fallu se bagarrer pour qu’ils le lâchent, ceux qui pensent que la mort est leur domaine réservé qu’il faut cacher aux esprits faibles sous peine de traumatisme.

A part ça, la plupart de ces soignants bien pensants continuent à avoir la conscience tranquille quand l'alarme d'un malade qui appelle retentit ; moi, je l’entends dès que je passe le seuil de l’ascenseur, que je passe devant le bureau des soignants où ils sont tous imperturbables en train de boire leur café avec le vacarme de la sonnerie... Ils continuent leur vie d’autiste, quand je découvre mon frère dans une marre de merde et de sang, par terre, emmêlé dans ses tuyaux, parce que personne n’est venu l’aider pour faire ses besoins, alors qu’il a actionné l’alarme depuis un long moment déjà… Et il répétait encore devant ma colère face aux soignants affolés que j'ai dû rameuter pour qu'ils daignent agir : "c’est pas grave, c’est pas grave… "

En plein mois de juillet, il y avait plus de 400 personnes à son enterrement, mais aucun soignant, même ceux qui avaient apparemment noué des relations plus profondes avec lui étaient absents… Ces gens, malgré ce qu'ils se racontent ou voudraient se faire croire, sont vraiment pour la plupart des ersatz d'humanité…

Après sa mort, j'ai été pris dans une espèce d'interrogation existentielle sans réponse que probablement ceux qui sont revenus des camps, toutes proportions gardées, ont dû vivre : "pourquoi lui et pas moi ?... ". C'est sûr à cet instant précis, j'ai définitivement arrêté de croire que j'étais l'homme le plus fort du monde…. J'ai mis plus de deux ans avant de pouvoir sortir de chez moi sans crise d'angoisse, à pouvoir faire autre chose que bosser... J'ai dû à nouveau tout réapprendre… Bon j'arrête, je vais être en panne de Sopalin… j'aime trop les arbres et à ce rythme je vais finir pas me rendre coupable d'un désastre écologique.

 

J'ai un autre frère Lucien qui est mon aîné de 7 ans et cette sœur Sylvie qui est ma cadette de 7 ans, mais je ne suis plus en bons termes avec eux. Ils ont fait des choix que je ne supporte pas.

 

Tu as le sentiment que tu ne me connais pas… Mais crois-tu vraiment ? Tu vois, je n'ai jamais pu dire des choses comme celles qui précèdent à Hestia… je n'ai jamais senti qu'elle serait prête à m'accueillir aussi avec des douleurs comme celles-là… et quand j'en éprouvais, elle ne comprenait pas que je préfère me cacher ; d'ailleurs, elle n'a jamais tenté de me trouver, elle préférait bouder en prenant pour une offense personnelle mon incapacité à me réjouir de la voir dans ces moments-là… sans même comprendre ma peur et ma honte qu’elle puisse me voir en état de faiblesse absolue… ça fait une grosse différence avec toi…

Sans me vanter (NDR : mais quand même un peu, bis), pour la confiance ne t'inquiète pas c'est normal je fais cette impression là à pas mal de gens. Mon côté italien ouvert sans doute. Mais fais attention à la déception, car c'est après que ça se gâte en général. Par un phénomène que je n'ai pas encore complètement élucidé, la détestation et l'agacement ne sont jamais très loin. Peut-être que je promets encore trop, en tous les cas plus que je ne tiens. Peut-être que les gens se lassent de ma franchise ou de mon côté "je sais tout". Mais je ne sais pas vraiment encore… Tu vois je ne te cache rien. Peut-être que je comprendrai ça quand quelqu'un voudra bien se mettre en face de moi pour me dire ce qui l'agace, sans avoir peur de me blesser.

 

Bon il est 04 h 30 et je crois qu'il va falloir coucher le petit Luigi… sinon il va encore être vaseux demain. Je ne relis pas tant pis si j'ai oublié quelque chose, s'il y a des conneries ou des fautes d'orthographe… Avant que je te dise quelque chose pour Jules, pourrais-tu me dire si son père s'est occupé de lui et s'il le voit encore, ou autrement dit quels rapports il a eus ou a avec lui ?

 

Si tu permets, je t'embrasse amicalement.

 
Luigi
 

Commenter cet article