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9 - Fin ?
 
 
 
 
 
 
"Les liaisons virtuelles",
suivi de "L'interview imaginaire"
 
Auto psy d'une relation amoureuse : n° 1
 
 
Par Luigi Manata et Mélusine Santina
 
© juillet 2005 auprès du SNAC
 
 
 
A tous les chercheurs d'amour, à celles qui me constituent et qui ont donné corps à mes rêves :
 
 
Elisabeth (j'avais 4 ans)
Isabelle (… 5 ans)
Marina (… 8 ans)
Egiziana (… 13 ans)
Sonia (… 15 ans)
Annie (… 16 ans)
"X"… (… 17 ans)
Ashara (… 19 ans)
Sylvie (… 21 ans)
Marie-Jeanne (… 21 ans)
Lise (… 23 ans)
Andréa (… 26 ans)
Martine (… 27 ans)
"X"… (Hestia) (… 37 ans)
Violaine (… 44 ans)
 
 

Aussi imparfait qu'ait été mon amour, aussi durables ou éphémères que furent nos histoires, vous êtes toutes irrémédiablement une partie de l'énergie et des émotions qui font battre mon cœur…


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Par Luigi MANATA - Publié dans : LLV - Titre et dédicace
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Toutes les relations commencent par une rencontre… C'est à peu près la seule chose que j'arrivais à me dire pour ne pas totalement sombrer dans le désespoir sans fond de la dernière rupture d'Hestia. Puisqu'elle n'a plus envie de moi, eh bien je vais lui démontrer que je peux vivre sans elle. C'est bête et infantile, mais qu'est-ce que je ne ferais pas pour ne plus ressentir cette douleur qui me vrille les tripes. Et puis cette idée avait du bon, je connaissais sa jalousie et si je lui faisais comprendre, qu'elle allait vraiment me perdre pour une autre, peut-être que cela la ferait revenir… Qu'est-ce que je suis con quand j’ai mal, à la limite du pathétique, même moi je n'arrive pas à m'aider.
 
Le problème c'est que je suis un rationaliste et même au fond de mon désespoir, je sais bien qu'il y a à peu près autant de chance de rencontrer la personne qui me conviendra que de me faire renverser en traversant la rue. D’après les chiffres officiels, en traversant 3 552 fois, j'ai 0,03 % de probabilité de me faire rouler dessus… Alors pour ce qui est de rencontrer quelqu'un qui me ferait vibrer dès le premier regard, comme Hestia, qui me donnerait le sentiment que c'était celle que j'attendais depuis 37 ans, … comment dire, je sentais que j’étais dans la frange surnaturelle des probabilités qui pourraient faire croire qu’un évènement est possible, alors qu’il serait plus simple de se résigner à ce que cela n’arrive jamais.
 
En Ile de France, avec ses onze millions d'habitants concentrés sur 12 012 km2 (912 personnes au km2), les probabilités semblent propices aux rencontres, pourtant c’est encore une belle illusion... La raison en est simple, je ne suis pas différent des autres, à l’exception des érotomanes, nymphomanes ou de ceux qui, pour des raisons diverses, sont totalement inconscients du merdier dans lequel ils sont en train de se fourrer, j’ai des préférences qui limitent mes possibles.
 
J’ai 43 ans et je souhaite rencontrer une femme de 35 à 45 ans. J’ai donc 869 565 [1] possibilités de rencontre. Pour éviter les emmerdements, je soustrais les femmes qui sont déjà occupées à démolir méthodiquement leur prince (qui n'est plus si charmant que ça) et le sentiment qu'elles avaient pris pour de l'amour, soit environ 60 % d'entre elles ; il me reste donc 347 826 prospects possibles.
Comme je ne peux pas faire de miracle, je ne pourrai pas intéresser les lesbiennes, les psychotiques, les femmes qui ne veulent pas d'un mec en permanence, et celles qui n'ont pas encore terminé de digérer leur précédente séparation : environ 40 % ; il doit donc me rester approximativement 208 696 femmes disponibles juste pour une relation de couple ; et je ne parle pas encore d’amour.
 
Dans ce fichier virtuel, j’introduis maintenant quelques critères de sélection personnels, arbitraires et forcément élitistes, car c'est "évident", pour pouvoir épanouir mon amour et comme beaucoup de personnes, je veux le "meilleur" pour moi-même :
- Une femme qui travaille parce que c'est un signe d'émancipation : moins 12%.
- D'un niveau socioculturel au-dessus de bac + 2, parce qu'il ne suffit pas d'avoir une attirance émotionnelle et physique, il faut aussi pouvoir avoir quelque chose à se dire et des pensées à partager : moins 70 %.
- A son âge, si elle n'est pas cadre, indépendante, ou assimilée, c'est qu'elle aime végéter ou qu'elle a des difficultés relationnelles : moins 80 %.
- Une femme qui s'intéresse à la vie politique, qui ne vit donc pas dans un monde virtuel, et qui a les mêmes opinions que moi : moins 50 %. Mais ce chiffre est faux, parce que 80 % des femmes qui répondent sur leur goût pour la politique, disent dans le meilleur des cas s'en désintéresser totalement et dans le reste des cas "beurk". Donc en réalité cela devrait être moins 90 %.
- Personnellement, j’élimine également 80 % des fonctionnaires et assimilés, pour leur impossibilité à se remettre en cause, à être responsable de leur vie, ainsi que pour leur inhumanité de n'avoir jamais demandé pardon pour le Vel d’Hiv et Vichy : moins 27 %. J’ai le sentiment que les générations ont changé, mais que ce sont toujours les mêmes qui continuent à refuser d'évoluer, qui persistent à obéir le plus bêtement possible jusqu’à rendre absurde ou pire meurtrier, le pouvoir dont ils sont investis… et je ne veux pas de quelqu’un qui ne saurait pas se remettre en cause.
- J'éliminerais bien également les banquières, les notaires, les huissières, les assureurs, … et quelques autres, pour leur incapacité à être autre chose et leur goût à vivre dans des mondes si tristes, mais après je crains que cela ne fasse trop ; et puis à dire vrai, j'en ai déjà rencontré des charmantes… celles pour lesquelles je me demande, mais qu'est-ce qu'elles font là et pourquoi s'obstinent-elles à gâcher leurs capacités… quoiqu'il n'y a jamais vraiment de hasard.
 
Evidemment, compte tenu du non-recouvrement uniforme des différents critères et de ma méthode pas très scientifique, les calculs mériteraient d'être affinés ; mais grosso modo, il me reste 804 possibilités de rencontre sur 12 012 km2. Soit moins de 0,07 possibilité de rencontre par kilomètre carré, en supposant bien sûr, que la répartition territoriale soit uniforme… Il me faut donc parcourir environ 15 kilomètres carrés pour avoir une chance sur cent de faire une rencontre ; soit couvrir l'intégralité d'un quart de toutes les rues de Paris intra-muros. Avec ce marathon, il devient évidemment beaucoup plus probable que je me sois fait renverser par une voiture avant d'avoir trouvé ma compagne. A ce régime-là, ce n'est plus une aiguille dans une meule de foin qu'il faut trouver, c'est le "Boson de Higgs" [2] : depuis 1960, tous les physiciens soupçonnent fortement que cette particule subatomique existe, mais personne n'a jamais encore pu la détecter.
 
Incidemment, je m'aperçois que je n'ai pas introduit dans cette sélection un seul critère physique ou de préférence religieuse, ni même demandé que cette femme sache faire la cuisine ou qu'elle ait envie de faire un enfant. Mais bon c'est mieux, sinon, il serait carrément désespérant d'imaginer que la compagne que je cherche, n'existe tout simplement pas.
 
Je suppose que si une femme, ou qui que ce soit d’autre, établissait son propre décompte avec ses critères, il arriverait à un résultat sensiblement identique. D'ailleurs, je ne suis pas loin de penser que quelque soit la situation de départ, au-delà de 6 critères et même avec une importante population disponible, les physiciens auront trouvé le boson bien avant que tous les chercheurs d'amour, s'ils tiennent à leurs critères, aient découvert leur âme sœur ou frère.
 
Mais tout ceci est accessoire. Si j'étais capable d'un minimum d'objectivité, je devrais admettre que la vie m'a appris que mes critères idéaux n'ont jamais eu aucun rapport avec ceux qui m'ont fait aimer, parfois passionnément, une personne. En la matière et pour une fois, il y a longtemps que j’ai éprouvé qu’à défaut de renoncer à toute rencontre, la vie amoureuse est bien un compromis permanent…
 
C'est ainsi, qu'aimant pourtant passionnément Hestia, cette femme idéale qui me donnait des signes évidents de lassitude, compte tenu qu'elle venait de me quitter pour la deuxième fois et demie, je me suis retrouvé un jour à passer une annonce sur un site de rencontre.
 
Au début, c'était comme un jeu censé ranimer la flamme de celle que j'aimais. Mais évidemment, rien ne se passe jamais comme je le prévoie…
 
Ma fiche se présentait ainsi :
 
Région : Europe France Ile de France Paris
 
Luigi 75
Créée le : 28 juin
 
Qui ? : Un Homme
Age : 43 ans
Taille : 176 cm
Poids : 80 Kg
Cheveux : Châtains
Yeux : Verts
Allure : Sport décontracté
 
Cherche : une femme
Pour : Une relation amoureuse sérieuse
 
L'annonce :
 
J'ai passé l'âge d'aimer des fantasmes, d'ailleurs j'ai moi-même raté plusieurs fois mon diplôme supérieur de Prince Charmant et je n'en ai pas pour autant perdu mon humour. Je suis fort et faible à la fois, curieux de tout, toujours sincère, en recherche perpétuelle sur moi-même, sans que cela ne vire au nombrilisme malsain...
 
Je n'ai pas d'a priori sur la femme que je souhaite rencontrer, mais je saurai reconnaître celle qui sera capable d'une rencontre d'être à être ; féminine, droite dans sa tête et dans son cœur, qui sache s'enrichir des différences, même si tout n'est pas si simple ; qui ait fait, si possible, mais ça n'est pas indispensable, un travail sur elle. Une femme qui souhaiterait, si nous nous aimons, s'essayer au "couple nouveau" et "créer" un ou plusieurs enfants.
 
Mon vœu d'amour est contenu tout entier dans "Lettres à un jeune poète" de Rainer-Maria Rilke (Rome le 14 mai 1904) ; extrait de cette merveilleuse vision : "(...) Un jour (...), la jeune fille sera ; la femme sera. Et ces mots "jeune fille", "femme", ne signifient plus seulement le contraire du mâle, mais quelque chose de propre, valant en soi-même ; non point un simple complément, mais une forme complète de la vie : la femme dans sa véritable humanité (...)".
Un tel progrès transformera la vie amoureuse aujourd'hui si pleine d'erreurs (et cela malgré l'homme, qui d'abord sera devancé). L'amour ne sera plus le commerce d'un homme et d'une femme, mais celui d'une humanité avec une autre. Plus près de l'humain, il sera infiniment délicat et plein d'égards, bon et clair dans toutes les choses qu'il noue ou dénoue. Il sera cet amour que nous préparons, en luttant durement : deux solitudes se protégeant, se complétant, se limitant, et s'inclinant l'une devant l'autre. (…)"
Si tu ne connais pas le reste et la suite, je t'enverrai cette merveilleuse prophétie qui malheureusement a bien du mal à se réaliser. Mais je préfère croire que je n'ai pas rencontré les bonnes personnes… et c'est pourquoi je tente ma chance ici.
 
Pour les "30 / 40" qui hésiteraient à cause de mon âge : il ne fait rien à la capacité de rester jeune, ni à la maturité et c'est un grand avantage dans le sens où j'ai déjà fait les erreurs que j'avais à faire.
 
Je ne suis pas pressé. J'ai besoin de prendre le temps pour savoir si nous pouvons rester nous-mêmes en nous aimant mutuellement. Je ne conçois plus d'aimer sans être également ami.
 
Ecris-moi, nous verrons bien... Je suis même curieux de connaître tes réactions négatives à cette annonce.

PS : pas de photo, car mes collaborateurs n'ont pas besoin de connaître ma vie privée. Mais je te l'enverrai sans problème, si nos échanges le demandent.
 
Enfants : Pas d'enfants
Situation Familiale : Célibataire
Fumeur : Fumeur occasionnel
Etudes : Etudes supérieures
Travail : Chefs d'entreprises
Langues Parlées : Français, Italien
Loisir : Cuisine, Jeux de société, Cinéma, Prestidigitation, Bricolage et Jardinage, Informatique, Tarot, Santé - bio, Echecs, Lecture
Culture : Histoire, Expositions, Musée, Philosophie
Sport : Jogging, Danse, La Moto, Randonnée
Goûts Cinéma : Action / Aventure, Classique, Comédie, Drame / Comédie, Science-fiction / Fantastique
Goûts Musicaux. : Musique du monde, Variété Française, Pop / Rock, Alternatif
Goûts Littéraires. : Littérature Française, Policier, Médiéval, Fantastique, Philosophie, Science-fiction, Roman Historique
Zodiaque : Gémeaux
Signe Chinois : Cochon (Terre)
 
**********
 
Après quelques échanges sans avenir et sans importance, je reçus la première réponse qui éveilla mon attention presque un mois après.




22 / 07 - 21 : 42
 
Je m'appelle Mélusine.
 
Et... je suis toute émue d'avoir lu ton annonce. Le texte de Rainer Maria Rilke est très beau. J'aime le recueil dont tu parles. Il m'accompagne dans la vie depuis longtemps maintenant. " Un jour (des signes certains l'attestent déjà dans les pays nordiques), la jeune fille sera ; la femme sera. Et ces mots "jeune fille", "femme", ne signifient plus seulement le contraire du mâle, mais quelque chose de propre, valant en soi-même ; non point un simple complément, mais une forme complète de la vie : la femme dans sa véritable humanité. "
C'est très beau et si juste et si profondément sage et humain. J'aimerais, si tu es d'accord, que nous discutions ensemble. Que te dire de moi ? Quel type de rencontre puis-je chercher ? Eh bien, j'aime mettre un pas devant l'autre. Et parce que je connais mon côté passionné, dans toute rencontre, je mets maintenant la prudence en avant, j'avance à tous petits pas. Le temps est mon allié. Je suis une femme, une femme qui rêve d'un amour tel qu'en parle Rilke qui consiste à ce que : "deux solitudes se protègent, se complètent, se limitent, et s'inclinent l'une devant l'autre. ".
J'en rêve, mais même si je l'ai voulu, je ne l'ai pas encore vécu à ce jour.
 
Voilà,
 
Peut-être à bientôt,
 
Mélusine
 
**********

Sa fiche se présentait ainsi :




Région : Europe France Ile de France Yvelines


Mélusine

Créée le : 22 avril


Qui ? : Une Femme

Age : 46 ans

Taille : 158 cm

Poids : 61 Kg

Cheveux : Blonds

Yeux : Marrons

Allure : Cool Décontractée

Cherche : un homme

Pour : un(e) correspondant(e)

 
L'annonce :
 
Bonjour,
 

Je recherche des discussions avec vous messieurs.

 

Nous sommes tellement différentes de vous les hommes, que je ressens la nécessité de rencontrer cette autre partie de l'humanité que vous composez.

 

Je propose un échange d'avis et d'idées et pourquoi pas une description de nos vies respectives.


Enfants : Un enfant

Situation Familiale : Divorcé(e)

Fumeur : Fumeur

Etudes : Etudes supérieures
Travail : Cadres autres secteurs

Langues Parlées : Anglais, Français

Loisir : Belote, Lecture, Tarot, Animaux, Dessin, Jeux de société, Santé - bio, Automobile, Bricolage et Jardinage, Echecs, Voyage, Cinéma
Culture : Philosophie, Peinture, Sculpture, Expositions, Musée, Histoire

Sport : Randonnée, Danse, Bowling

Goûts Cinéma : Classique, Comédie, Documentaires, Drame / Comédie, Dramatique, Musique / Concert, Policier / thriller
Goûts Musicaux. : Classique, Jazz / Blues, Variété Française, Musique d'ambiance

Goûts Littéraires. : Littérature Anglo-Saxonne, Poésie, Bande dessinée, humour, Policier, Roman Historique, Lettres classiques, Littérature Française

Zodiaque : Balance

Signe Chinois : Singe (Feu)

_________________________________________

[1] : Tous les chiffres proviennent du dernier recensement INSEE.

[2] : Boson de Higgs : l'existence de cette particule n'est pas prouvée, elle est activement recherchée depuis 1960, année de la formulation de son existence, car l'interaction avec elle expliquerait la masse de toutes les autres particules.

Par Luigi MANATA - Publié dans : LLV - 1 - Le contexte - Communauté : Auto-histoires de vie...
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Je ne sais pas pourquoi les sites de rencontre s'obstinent à faire remplir à leurs utilisateurs des listes innombrables de critères de sélection ; comme si le déclic amoureux pouvait se déclencher en fonction des quelques options que l’autre posséderait ou pas. A leur décharge, la majorité des sites ont quand même l'honnêteté de proposer des rencontres et en aucune manière l'amour.
 
A l'exception de ceux (hommes et femmes : fort nombreux même s'ils se présentent le plus souvent à visage masqué) qui ne sont là que pour des rencontres passagères, il est assez rare, après quelques mois d'une recherche effrénée, que la lassitude ne finisse pas par envahir tous ceux qui avaient mis quelques espoirs dans cet outil.
 
Naviguer et échanger sur ce type de site a actualisé de manière aiguë des interrogations que j’avais espérées anachroniques. Je me demande même au final, si l'évolution et l'émancipation des femmes n'a pas été une vaste fumisterie ou pire une supercherie. J'ai le sentiment de perdre mon temps avec des femmes pressées, qui ne souhaitent que rencontrer leurs fantasmes d'idole : beau, grand, séduisant, drôle et plein d’humour mais pas à leurs dépends, sportif, riche, aimant voyager, intelligent mais pas trop pour ne pas passer pour des cruches, au petit soin pour elle, mais quand même sachant en imposer et même si possible macho, de bonne éducation, gentil mais pas trop sinon t'es con, respectant leur désir mais les dirigeant quand même, honnête et franc mais pas trop sinon elles se vexent ; et je suis bien obligé de dire et cetera. Des femmes qui aiment se sentir valorisées par le statut social de leur conjoint et par l'argent qu'il gagne, mais qui ne voudront jamais subir les frustrations et les contraintes inhérentes à ce type de fonction, ni admettre que ces fonctions puissent fatiguer leur homme. Des femmes qui ne se sentent vivre que quand elles sont collées à l'autre, qui n'ont pas besoin de savoir quelle âme et quel être réel, elles ont en face d'elles, pourvu qu'il corresponde à leurs critères, qu'il ne se montre jamais faible et qu’il ne fasse jamais d’erreur ; des femmes qui ne feront jamais aucun effort pour s'adapter à l'autre, qui boudent ou se sauvent dès que le moindre conflit ou la plus petite contrariété surgit, qui du haut de leur tour d'ivoire, sont incapables du moindre geste de tendresse… Des femmes qui voudraient nous faire croire combien elles sont parfaites et qui revendiquent de n'être pas trahies, surtout parce qu'elles savent bien au fond de quoi elles sont capables elles-mêmes et qui elles sont en vérité. Des femmes n'avouant jamais les détresses qui les constituent et qui refusent d'entendre celles de l'autre, alors que bien souvent la pluie me procure plus de joie qu'elles. Sans compter que la population des "séductrices" est en forte augmentation, ces femmes prêtes à vous larguer dès qu'elles auront entendu que vous les aimez. Des femmes qui au final n'ont elles-mêmes pas grand-chose à offrir à part leur besoin (légitime) de mélanger leur corps… si possible, bien sûr, dans un hôtel 4 étoiles dans un pays exotique. Des femmes qui ne veulent pas être traitées comme des objets, mais qui croient également que quand elles ont donné leur corps, elles ont tout donné…
En fait, je me demande si la plupart des femmes, tout en se défendant de rêver du Prince Charmant, ne passent pas leur temps à y penser quand même très sérieusement. Et face au sentiment qu'elles veulent tout ou rien, mais qu'en même temps tout c'est trop et rien ce n'est pas assez, ils sont nombreux les hommes comme moi, empêtrés dans leur souffrance d'échec, dans leur sentiment récurrent d'être toujours à côté de la plaque, à avoir perdu tout espoir d'arriver un jour à comprendre quoi que ce soit aux femmes.
 
Si j’étais une femme, il est également probable que je me demanderais au final si les hommes ont bien compris qu'il est devenu hors de question de servir de portemanteau aux fantasmes masculins, et non accessoirement d'infirmière, de femme de ménage, de cuisinière, de blanchisseuse, de pâtissière, de squaw qui accueillerait tous les désirs de mon homme comme la parole divine, bref de maman et bien évidemment de réservoir à foutre. J’aurais le sentiment de ne rencontrer que des hommes traumatisés par leur précédente relation, dépressifs, sur la défensive, pas sûrs d'eux, castrés, impuissants, mais bandants quand même pour la moindre bimbo siliconée, casaniers, télévores, pour lesquels le superficiel fait office d'intelligence et qui érigent les comportements de beauf au nec plus ultra de la nouvelle philosophie. Des hommes qui n’ont comme projet de vie à deux que de reproduire à court, moyen et très long terme le repos du guerrier, version pantoufles. Des hommes toujours en retard, qui peuvent rester 2 jours sans donner de nouvelle et qui sont capable de dire "ben quoi, qu’est-ce qui y a ?", devant les reproches ou la tronche qu'ils auront mérité. Des hommes brutaux qui ne savent pas respecter leur territoire, qui ne seront jamais à la hauteur de leur père ou de leur ancien mec, qui sont toujours trop ou pas assez. Des hommes qui s'autorisent à donner leur avis et même à les juger. Des hommes paumés, handicapés du bonheur qui tombent malades dès qu'il s'agit de se laisser vivre plus de deux jours sans penser à rien. Des hommes qui promettent toujours plus qu'ils ne tiennent, qui sont incapables de s'engager réellement, mais qui paradoxalement sont prêts à déclarer leur flamme après 3 échanges téléphoniques et vous investissent alors comme on rentre en religion, … du moins tant qu'ils ne vous ont pas encore baisés... Des hommes qui n’arrivent pas à s’engager, à dire je t'aime et tu me manques, des hommes qui auront toujours de bonnes excuses pour ne pas vous avoir téléphoné 4 fois, envoyé 6 SMS et 2 mails dans la journée ; bref des hommes qui ne font, par leur attitude, que démontrer à quel point ils sont faibles.
En fait comme un sinistre parallèle, si j’étais une femme j’éprouverais le sentiment que les hommes ne m’aiment pas pour ce que je suis, mais plutôt pour les fantasmes qu'ils ne cessent de me projeter dessus, sans oublier le sexe qui semble être leur première préoccupation. Et face au sentiment qu'ils n'ont toujours rien compris à mes besoins et à mes désirs, comme de nombreuses femmes empêtrées dans mes paradoxes pour rester moi-même et mon perpétuel sentiment d'être une incomprise, je considérerais que les hommes sont définitivement des êtres imparfaits, incompréhensibles, immatures et barbares.
 
Ces propositions parcellaires et partiales de sentiments masculins ou féminins sur leurs complémentaires n'ont évidemment rien d’exclusif. En fait en remplaçant homme par femme dans la première proposition et vice versa dans la deuxième, en mélangeant les sentiments, chacun peut trouver quelque chose qui corresponde à sa propre vision de l'autre sexe. L'important ne semble pas être comment aimer l'autre, mais bien plutôt comment se donner des bonnes raisons de rester seul, de faire échouer les relations ou d'étiqueter, de réduire l'autre, pour fuir sa propre responsabilité et non accessoirement ses propres souffrances ; oui, toutes ces blessures que les précédentes relations ont laissées comme des rappels indélébiles que le feu ça brûle. Il semble bien que le nouveau jeu relationnel entre les sexes, à l'instar des célèbres "je te tiens tu me tiens par la barbichette" et "si je te suis tu me fuis…", pourrait se résumer à : "le premier qui aime l’autre a perdu ou/et est perdu"…
 
Combien de fois j'ai su à l'instant même où je débutais une relation que ce serait une nouvelle déception. Si j'avais parié avec moi-même j'aurais gagné à chaque fois. Et pourtant, j'y ai été quand même, je pense toujours que mes expériences m'ont servi, que je ne referai pas les mêmes erreurs, que je saurai être plus fort que les obstacles ; que l'amour arrangera tout, … Mais c'est une vision romantique, presque de toute puissance ; l'autre n'est jamais à l'endroit où j'imagine qu'il est ou qu'il dit qu'il est. Il est juste à côté et parfois même exactement à l'endroit où il dit qu'il n'est pas. Je le sais à travers les malaises que je ressens dans les silences qu'il laisse entre nous par l'écriture et plus tard, quand son regard ne reflète pas ce que ses mots voudraient me faire croire.
 
Mais est-ce que tout ça a vraiment une importance ? Au final, si je comparais objectivement les femmes que j'ai vraiment aimées à mes critères parfaits, je serais bien obligé d'admettre que, soit j'ai été complètement aveugle, soit que ce ne sont pas les concordances à mes idéaux sélectifs qui m'ont fait les aimer. En vérité, même si j'aurais bien voulu maîtriser la genèse de mes sentiments amoureux, je dois avouer que même après de longues et fructueuses années d'introspection tout ça continue à m'échapper pour sa plus grande partie. Bien entendu, j'ai compris que seule mon histoire me déterminait à aimer une personne plutôt qu'une autre. Bien sûr, j'ai renoncé aux amours névrotiques qui se terminent dans l’impasse de la souffrance. Très probablement, j'ai "digéré" mes fantasmes en leur donnant le sens qui les cantonne à de simples manifestations psychiques, avec lesquelles il faut composer…
Cependant, parfois je me demande si cela m'a vraiment rendu plus libre. Quand l'appel du grand large se présente, je me demande bien où j'ai pu ranger ce foutu discernement, celui qui empêcherait qu'une fois de plus je m'abandonne à la belle histoire, alors que je sais déjà qu'il y a quelque chose qui cloche. Comme si toute résistance était vaine, comme si, seul le vécu des amours qui se révèlent impossibles, donnait un sens à ma vie...
Il reste toujours la possibilité que j’ai été drogué ; et c'est vrai quelques fois mes hormones sexuelles me jouent des mauvais tours… aussi à défaut de bromure en vente libre, je continue à me torturer pour me faire avouer ces mots qui m'apporteraient une hypothétique ultime explication en forme d’improbable délivrance.
 
Pour autant, j'ai toujours eu l'impression qu'il n'y a pas de hasard ; comme beaucoup de personnes j’ai la certitude que nous rencontrons toujours les personnes que nous devons rencontrer. Elles ont une mission précise dans nos vies, aussi sûrement que nous allons tous mourir un jour.
La rencontre avec Mélusine a donc débuté de manière tout à fait banale. J'étais en manque d'une parole et d'une écoute de femme, elle semblait vouloir connaître "les hommes".
 
Par Luigi MANATA - Publié dans : LLV - 2 - La rencontre - Communauté : Auto-histoires de vie...
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